Discours du Président de la CNA Louis-Georges BARRET

le 7 décembre 2013

 

DISCOURS PRESIDENCE CNA 2013


Louis-Georges BARRET élu Président le 6 décembre 2013

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Monsieur le Représentant de Madame le Garde des Sceaux,
Mesdames les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil National des Barreaux,
Monsieur le Président de la Conférence des Bâtonniers,
Monsieur le Président Elu de la Conférence des Bâtonniers,
Madame le Bâtonnier de PARIS,
Monsieur le Bâtonnier Désigné du Barreau de PARIS,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil National des Barreaux,
Mesdames et Messieurs les Bâtonniers,
Mesdames et Messieurs les Présidents d’Honneur de la Confédération Nationale des Avocats,

Mesdames et Messieurs,
Mes Chers Confrères,
Mes Chers Amis,

C’est avec une profonde émotion que je prends la parole ce matin, devant vous, au moment où débute mon mandat à la Présidence de notre syndicat.

Je veux vous remercier de votre confiance, de votre amitié mais aussi de vos engagements dans notre syndicat.

Evidemment, je tiens ici à rendre hommage à celle à laquelle je succède, Maître Heidi RANÇON-CAVENEL, quelques soient nos différences, il m’a été agréable d’être son premier Vice-Président durant ces deux années.

Notre profession traverse, en ce moment, de nombreuses difficultés mais je veux, avant de les aborder les unes après les autres, rappeler ce qu’est d’être Avocat.

Le Bâtonnier LE MAPPIAN qui m’a appris mon métier et dont j’ai été le stagiaire, avait cette formule que je reprends à mon compte : 

« Etre Avocat, ce n’est pas un métier, ce n’est pas une profession, c’est une vocation. Etre Avocat exige un engagement total de la personne elle-même. Etre Avocat, c’est savoir être excessif, être passionné, être engagé. Etre Avocat, c’est savoir se lever aux côtés de celui que toute la société fustige pour être son rempart, son porte-parole. Etre Avocat, c’est avoir un regard sur son client dans lequel se mêlent compassion et recul. »

Quelques jours avant sa mort, le Bâtonnier LE MAPPIAN, dans ce qui fût notre dernier dialogue, me redisait avec la passion qui était la sienne : 

« Engagez-vous, donnez tout, ne gardez rien pour vous-même, exercez avec passion et le reste suivra et vous ne regretterez rien. »

Alors, mes amis, c’est avec passion que je souhaite conduire avec vous notre syndicat.

Monsieur le Représentant de Madame le Garde des Sceaux, nous en avons des choses à nous dire.

Vous savez, la profession d’Avocat va mal, elle se pose des questions.

Elle angoisse même lorsqu’elle remarque qu’elle devient, depuis quelques mois, une sorte d’exutoire.

Les projets qui nous ont visés sont nombreux et nous ne pouvons accepter cette mise en cause permanente.

L’avocat Parlementaire

Un médecin, ministre, commet des actes contraires à la loi et voilà qu’un projet de loi vise à nous interdire d’être parlementaire.

Comme si les avocats étaient à l’origine des soucis éthiques liés à des conflits d’intérêts que l’on ne connaît pas.

Faut-il rappeler, comme je l’ai dit en son temps, que nous sommes tenus à la fois par un serment et par une déontologie, l’une des plus rigoureuses, que les confrères qui ne respectent ni leur serment, ni leur déontologie, sont poursuivis devant les conseils régionaux de discipline.

Pourquoi les avocats ne pourraient-ils pas être parlementaires ?

Les avocats qui siègent actuellement au Parlement ont-il violé la loi, sont-ils à l’origine d’affaires dont on ne parlerait pas ?

Non et vous le savez.

D’ailleurs, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale dans notre prochain Barreau de France, rappeler la place essentielle des avocats au parlement.

Nous avons noté qu’en l’état, cette partie du projet était retirée mais notre vigilance, je tiens à vous le dire, reste particulière sur cette question.

L’action de groupe 

Voilà une action sur laquelle la Confédération Nationale des Avocats a travaillé depuis de nombreuses années.

Je veux rendre hommage, ici, au travail effectué par le Bâtonnier Jean-Guy LEVY et puisqu’il est là, je veux aussi rendre hommage à mon ami, Loïc DUSSEAU, Président de la Commission des Textes du Conseil National des Barreaux.

Une action de groupe qui permettait de mettre en place une action moderne, respectueuse, respectant le libre choix de l’avocat par le client et permettant de répondre aux conflits de groupe qui se multiplient, qu’ils soient commerciaux, civils ou pénaux.

Qu’avons-nous aujourd’hui ?

Une action ouverte à quelques-uns et en réalité qu’à une seule association de consommateurs, qui a d’ores et déjà indiqué qu’elle n’en mènerait qu’une par an, là où nous vous proposions une action ouverte dont la validité pouvait être reconnue par le Juge, vous avez tellement filtré qu’en réalité, cette action n’existera pas.

Nous avons rendu rapport sur rapport, nous avons été auditionnés par de nombreuses commissions, mais il nous a été répondu qu’il fallait circuler sans rien dire puisque le Conseil National de la Consommation avait tranché.

Là où vous aviez la possibilité de créer une véritable action, vous avez créé un petit truc qui ne marchera pas.

En voulant exclure le libre choix de l’Avocat, en voulant exclure les avocats en réalité de l’action de groupe, vous avez tué l’action de groupe.

Pourtant, il n’est pas trop tard.

Cette loi fondatrice pose d’importantes difficultés, y compris constitutionnelles.

Il n’est pas trop tard pour nous écouter et nous entendre.

Il n’est pas trop tard pour regarder le modèle canadien.

Il n’est pas trop tard pour donner à cette action l’ampleur qui doit lui être réservée.

Nous vous avons proposé, par exemple, la mise en place d’associations ad hoc, ce qui permettait à la fois le contrôle par le juge, sans doute la limitation du nombre mais aussi et surtout la liberté de choix de l’avocat.

Nous ne transigerons pas sur ce principe essentiel.

Les SCI

Comment ne pas vous parler aussi, ici, des problèmes des Sociétés Civiles Immobilières ?

Voilà la profession d’Avocat à nouveau visée.

Comme si les marchands de sommeil étaient encouragés par les avocats !

Le parlement a décidé que les cessions de parts de Sociétés Civiles Immobilières ne pourront désormais être effectuées que par acte authentique.

Mais les cessions en matière de SCI entraînent de très nombreuses difficultés : fiscales, sociétales, sociales, patrimoniales.

Les avocats ont toutes compétences en la matière.

Ils ont toutes qualités pour agir.

Pourquoi le leur enlever ?

D’autant que nous disposons aujourd’hui d’un acte tout aussi sûr que l’acte authentique, acte qui porte d’ailleurs les mêmes initiales qui est l’acte d’avocat.

Les statuts, les cessions de parts, les modifications dans le cadre des SCI peuvent parfaitement être effectués par actes d’avocat, qui seront parfaitement archivés, sans la moindre difficulté.

Pourquoi nous le retirer ?

Pourquoi ainsi fragiliser un peu plus l’exercice de nombreux confrères, qui n’ont jamais démérité et qui n’ont jamais été complices de quoi que ce soit.

Nous avons entendu, Madame la Garde des Sceaux, le 4 octobre dernier, qui nous expliquait qu’il ne s’agissait pas d’un projet gouvernemental mais d’un amendement parlementaire et qu’elle ne pouvait quand même pas répondre aussi de ce que faisaient les parlementaires, mais, sauf erreur de ma part, le gouvernement est portée par la majorité parlementaire .

Nous vous demandons, à vous, notre Chancellerie, de veiller au respect de nos confrères.

Et puis, il n’y a pas que cela.

Les agents sportifs 

Les agents sportifs posent, paraît-il, d’importantes difficultés éthiques.

Le Sénat en est saisi, un rapport est écrit.

Dans les conclusions de ce rapport, le 4ème point, pour rendre le métier d’agent sportif plus éthique, il faut en interdire l’accès aux avocats.

Ceux-ci sont strictement les termes de ce rapport.

Et je vous le dis, Monsieur, ceci est inacceptable.

Le nombre d’avocats agents sportifs n’est pas très important mais ce qui m’importe ici c’est davantage le principe.

Une nouvelle fois, les avocats seraient à l’origine d’un problème éthique ? Lequel ?

L’aide juridictionelle 

Enfin et dans la mesure où nous ne pouvons pas tout aborder ce matin, je veux m’attarder sur l’aide juridictionnelle.

Cette aide juridictionnelle est aujourd’hui en situation de faillite et il faut le dire.

Nous ne pouvons accepter que des confrères continuent à exercer avec brio leur métier, en ne percevant qu’une maigre indemnisation qui place leur cabinet en situation effective de difficulté.

Plus de 60 % de l’action pénale, plus de 60 % de l’action familiale est aujourd’hui soumis à l’aide juridictionnelle.

Ce problème ne date pas de votre gouvernement, c’est évident.

Cela fait 25 ans que nous le soulignons.

Et je me souviens de ces longues manifestations de l’année 2000 et des engagements pris par le Garde des Sceaux de l’époque, Madame GUIGOU, qui consistait, non seulement à réévaluer l’unité de valeur, mais aussi permettre aux avocats de bénéficier d’une véritable rémunération.

A la suite de ces engagements, jamais respectés, il y a eu de nombreux rapports, le dernier en date étant celui de Monsieur GOSSELIN.

Chaque fois a été rappelée la difficulté.

Jamais elle n’a été traitée.

Ce sujet est aujourd’hui prégnant. Pourquoi ?

Parce que la plupart de nos jeunes confrères travaillent au titre de l’aide juridictionnelle et ne supportent plus ce qu’ils prennent pour un mépris.

Or, quand l’affaire de la démodulation est venue, il ne faut pas s’étonner qu’un très grand nombre de barreaux français, à commencer par le mien, celui de NANTES, ait décidé d’une grève immédiate.

C’est vrai que, ce 4 octobre, Madame le Garde des Sceaux nous a confié qu’elle mettait fin à cette démodulation.

Mais, pourquoi, quelques jours plus tard, au Parlement, avoir, par un amendement, fait entrer la notion de structure dédiée ?

Nous sommes ici, Monsieur, attachés à la liberté de choix de l’Avocat, mais aussi à l’indépendance de l’Avocat.

Ce sont deux problèmes majeurs que posent les structures dédiées.

Il n’y aura pas de liberté de choix de l’Avocat pour ceux qui voudront être défendus au titre de l’aide juridictionnelle ; comment parler d’indépendance pour ces avocats dans des structures dédiées ?

La règle fixée qui est que toute personne peut accéder à un avocat, quelque soient ses moyens et bénéficier d’une aide au titre de l’aide juridictionnelle lorsque ses moyens sont limités est un principe qui doit être respecté.

Mais nous avons conscience ici, à la CNA, des difficultés majeures de financement et nous avons conscience aussi que le budget de l’Etat ne peut être aujourd’hui contraint davantage.

Nous avons été surpris que les notaires soient rassurés avant nous sur le fait qu’il n’y aurait pas de fiscalité complémentaire de l’ensemble des actes juridiques pour financer l’aide juridictionnelle.

Car cette question doit être aussi en débat.

Ici, à la CNA, vous le savez, nous avons énormément travaillé sur cette question et je veux, à ce titre, rendre hommage au Bâtonnier Brigitte MARSIGNY, ancien Bâtonnier de BOBIGNY, Présidente d’Honneur de la CNA qui a, pendant six ans, présidé aux destinées de la Commission Accès au Droit du Conseil National des Barreaux.

Nous avons fait des propositions.

Il en est une qui, pour tout vous dire, me va bien.

Pourquoi ne pas taxer à hauteur d’1, 2 ou 3 %, le chiffre d’affaires généré par la protection juridique des compagnies d’assurance, en préservant la liberté de choix de l’Avocat ?

Il y aurait ici une logique et surtout un mode de financement permettant la pérennité de l’aide juridictionnelle.

Nous avons noté avec plaisir que Madame le Garde des Sceaux désignait désormais Monsieur le Procureur Général (ou Madame ?) afin de réunir ensemble des interlocuteurs intéressés et de faire de véritables propositions de réformes de l’aide juridictionnelle.

Nous travaillerons auprès de cette commission.

La CNA, avec évidemment notre institution représentative qu’est le Conseil National des Barreaux, vous adressera ses propositions.

Il faut dire les choses telles qu’elles sont : cette question de l’aide juridictionnelle doit être réglée car on ne peut laisser les confrères plus longtemps dans cette insécurité financière qui leur devient insupportable.

Cela me permet de vous dire, ici, que si la profession d’Avocat est l’une des plus dynamiques de l’ensemble des professions libérales et l’une des plus jeunes, l’une de celles qui accueille le plus de confrères et donc qui est la plus ouverte, cela ne doit pas masquer une réalité qui est une véritable souffrance de nombreux avocats, partout en France.

Mais cette profession mérite l’attention des pouvoirs publics parce que, lorsque les avocats sont fragilisés et sont trop fragilisés, je crois profondément que c’est la démocratie qui est fragilisée.

Nous avons besoin d’être entendus et compris.

L’organisation de la profession

Et au-delà de ces soucis, nous avons aussi, évidemment, à travailler à l’organisation de notre profession.

Vous ne m’entendrez jamais vous parler du terme gouvernance.

Je pense, profondément, qu’on ne gouverne pas un avocat et je pense aussi que la sémantique a un sens et qu’une erreur sémantique peut entraîner une erreur de réforme.

De quoi s’agit-il en réalité ?

D’une part, de la réforme des barreaux partout en France et de seconde part de la réforme à la fois de l’élection de l’institution représentative, de sa composition et de son mode de fonctionnement.

Alors j’entends bien que vont s’opposer en permanence, les représentations syndicales et représentations ordinales au sein du Conseil National, représentations parisiennes et représentations provinciales.

Et je veux dire ici que j’ai l’honneur d’appartenir au Conseil National des Barreaux, que ces commissions se réunissent et travaillent et travaillent beaucoup pour le seul bénéfice de l’ensemble des confrères.

Je ne vois pas dans les commissions de confrères qui seraient sous-estimés ou sur-estimés au prétexte qu’ils appartiendraient à un collège ou à un autre mais je vois des avocats qui sont passionnés par leur métier et leurs confrères.

Et puis ces frontières qui ne sont pas aussi imperméables que ce que l’on voudrait nous vendre, surtout à l’extérieur.

80 % des membres des collèges généraux sont ou ont été membres de Conseils de l’Ordre, sont ou ont été Bâtonniers.

Et dans les collèges ordinaux, on voit de nombreux confrères qui ont des engagements syndicaux, et c’est bien.

Pour exemple, quand notre ami, Guillaume LE FOYER de COSTIL, siège au Conseil ordinal PARIS, je sais pertinemment qu’il n’a pas oublié son appartenance syndicale comme Président d’Honneur de notre maison.

Quand Jérôme HERCE siège avec le collège ordinal province, je sais aussi qu’il n’oublie pas, parce que cela est profondément inscrit en lui, son appartenance à notre maison.

Quand le Bâtonnier Patrick BARRET, Président de la Commission du périmètre du droit au Conseil National, décide de rejoindre la Confédération Nationale des Avocats et je l’en remercie, c’est aussi parce qu’il fait le lien entre ces deux actions.

Ne laissons pas cultiver, surtout à l’extérieur, les différences entre nous.

Je crois, mais cette question doit être en débat, que le CNB a besoin à la fois des ordinaux et des syndicaux.

Mais je crois aussi que nous devons travailler ensemble pour proposer nous-mêmes une réforme qui soit à la hauteur des enjeux.

Il faut que notre Conseil National soit davantage représentatif de l’ensemble des barreaux de France de l’ensemble des avocats de France, je pense notamment aux petits et moyens barreaux, qui n’y sont pas suffisamment représentés.

Il faut aussi que le mode de scrutin qui permet l’élection du Conseil National soit lisible de tous.

Il faut enfin que notre Conseil National ait la hauteur de vue nécessaire pour les modifications de notre règlementation et de nos règles déontologiques.

Je peux vous dire, mes amis, que la CNA travaille à l’unité.

Je tiens à saluer mes confrères représentants des autres syndicats.

Depuis plusieurs mois nous nous réunissons une fois par mois, pour voir ensemble ce que sont nos points de convergence.

Je sais que le Président BURGUBURU va tenir au mois de décembre une nouvelle assemblée générale sur le thème de ces modifications d’organisation.

Nous pouvons y arriver et nous devons y arriver.

Travaillons à réfléchir aux propositions des autres pour les valoriser comme ils valoriseront les nôtres.

Avec comme ligne de perspective, le seul bien commun de notre profession.

Il est un point sur lequel la CNA est très claire : c’est celui des barreaux de France.

Partout, où il y a un Procureur, il faut qu’il y ait un Bâtonnier.

Partout où il y a un Tribunal de Grande Instance, il faut qu’il y ait un Conseil de l’Ordre.

L’équilibre est de ce point de vue fondamental mais cela n’empêche pas d’envisager, dans des liens inter barreaux, ce que font beaucoup de conférences régionales de Bâtonniers, l’union des CARPA, l’union sur un certain nombre de questions administratives, permettant en réalité de mieux gérer les ordres avec plus d’efficacité pour un coût réduit.

La CNA fera, dans les semaines qui viennent, des propositions extrêmement concrètes sur la base de celles qui ont déjà été réalisées par le Président SCHERMANN et fera aussi, lors de la prochaine Assemblée Générale du CNB, un point méthodologique qui nous semble important.

L’avocat et l’entreprise

Je veux aussi devant vous, parler de l’avocat et de l’entreprise.

Si mes positions ont évolué avec le temps et vous le savez, je crois pour autant toujours d’abord que l’avocat est une sorte de chef d’entreprise comme les autres et ensuite que l’entreprise n’est pas un gros mot mais que nous devons travailler avec elle.

Si l’expert-comptable est l’expert des comptes dans l’entreprise, il faut imposer l’avocat comme l’expert du droit dans l’entreprise.

L’expert du droit, celui que l’on consulte et qui conseille naturellement l’entreprise.

Celui que l’on appelle, celui qui est proche.

Je sais, parce que depuis 15 ans d’engagement à leurs côtés, je crois y avoir gagné un peu d’expérience, que les PME ont besoin de nous.

Je veux saluer la présence de mes amis, Président et Secrétaire Général de la CGPME au milieu de nous.

Et si j’ai tenu à ce qu’ils soient là c’est parce que je pense que si nous ne tenons ce discours qu’entre nous, alors nous allons en être très satisfaits mais cela n’aura aucun effet.

Il faut que nous nous rapprochions concrètement des entreprises et que nous tissions des ponts les uns avec les autres pour apprendre à travailler ensemble et que notre partenariat devienne un partenariat naturel.

Durant ces deux années qui s’ouvrent, je souhaite tisser ce partenariat.

Des propositions très concrètes seront faites dans les toutes prochaines semaines à ce niveau et nous aurons, à travailler ensemble dans une double perspective : celle de votre journée nationale des petites et moyennes entreprises et celle de notre congrès national du mois de juin.

Nous allons très rapidement confier à une commission mixte (avocats, entreprise) le soin de faire des propositions concrètes avant le mois de juin prochain.

Les liens doivent être renforcés et cela nous appartient.

Qui mieux que nous, CNA, qui avons porté tant de projets pour la profession depuis bientôt 100 ans, qui mieux que nous pourrait travailler sur cette question ?

Nous allons avancer ensemble, comme nous nous connaissons déjà un peu, nous allons gagner du temps car je pense profondément que cette question est urgente.

Avoir réussi, comme vous l’avez fait avec votre commission, cher Patrick BARRET, à solidifier et renforcer le périmètre du droit, est une bonne chose mais il nous appartient d’être conquérants sur la question de l’entreprise.

Il ne s’agit pas de céder aux sirènes de l’avocat en entreprise qui d’ailleurs n’intéresse pas les PME, mais il s’agit, d’une certaine manière, de promouvoir nos compétences et nos experts, et sans doute nos compétences et nos expériences récentes. 

Nous allons ensemble pouvoir travailler sur ces questions.

Je m’y engage.

L’avenir de l’Avocat

Mes amis si l’Avocat souffre aujourd’hui, je crois, comme vous chère Brigitte LONGUET, que nous devons aussi regarder l’avenir avec enthousiasme.

Dès lors que nous aurons consolidé trois piliers fondamentaux : 

celui de l’excellence, il s’agit ici de l’excellence de notre formation et nous avons à travailler sur la formation dispensée par les écoles d’avocats qui aujourd’hui nous coûtent très cher, trop cher et ne sont sans doute pas à la hauteur que nous pourrions souhaiter.

Il faut aussi travailler sur la formation continue. 20 h par an c’est bien, c’est d’ailleurs ce que vous offre le salon de l’Avocat mais 20 h c’est insuffisant lorsque l’on se compare aux autres professions libérales ou lorsque l’on se compare à nos confrères étrangers.

La formation n’est pas un gros mot mais au contraire le gage de l’excellence et nous devons avancer encore un peu plus sur ces questions et vaincre les frilosités.

Ce n’est plus une question de coût, c’est parfois une question de peur ou d’organisation du temps.

Nous devons avancer là aussi.

l’exigence.

L’exigence c’est évidemment celle de la défense et du respect, non seulement de notre Règlement Intérieur National, mais d’abord et avant tout de notre déontologie et de notre serment.

Les Conseils régionaux de discipline : c’est une vraie et belle avancée mais il faut, de ce point de vue, réfléchir sur deux axes.

D’abord que les CRD se réunissent davantage et mieux.

Ensuite, rendre au Bâtonnier un peu de son autorité directe, permettant une sanction limitée mais qui évite de saisir le CRD.

Nous manquons de cet élément médian et il faut y travailler.

le troisième pilier, c’est la solidité.

Solidité de nos structures, solidité de nos cabinets.

Je parlais toute à l’heure de la souffrance des confrères.

Elle vient aussi des difficultés pour solidifier leurs structures.

La solidification capitalistique n’est pas un gros mot.

Evidemment, elle doit être encadrée de principes stricts mais nous devons ensemble y travailler et faire des propositions car s’opposer sans rien proposer consiste à ne rien faire.

Dès le mois de janvier, nous demanderons à deux de nos confrères de travailler sur des propositions concrètes sur ce point, propositions qui seront soumises au comité directeur dès le mois de mars ou avril.

La CNA et l’Europe

Mais il est un autre sujet qui me tient à cœur, c’est celui de l’Europe.

Chacun de nous voit bien que les règles qui nous sont imposées ou que nous appliquons ou sur lesquelles nous réalisons nos consultations sont des règles européennes.

Le nombre d’avocats qui traversent les frontières pour venir exercer en France aujourd’hui, en Italie demain, en Espagne après-demain et en Allemagne la semaine prochaine, est de plus en plus important.

Les difficultés que nous rencontrons ici sont parfois des difficultés rencontrées de l’autre côté des Pyrénées ou des Alpes.

Pour tout vous dire, mes amis, je pense que le syndicalisme enfermé dans les frontières françaises est aujourd’hui un syndicalisme nécessaire mais insuffisant.

Je souhaite un syndicalisme européen.

Ce souhait profond, dont je parle depuis longtemps et qui me tient à cœur, j’en souhaite aujourd’hui la réalisation.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à notre ami, le Président Vincent BERTHAT, de créer la Confédération des Avocats Européens.

Ne nous y trompons pas, il doit s’agir bien d’un syndicat mais d’un syndicat européen.

La Confédération des Avocats Européens devra réunir à la fois des avocats français, allemands, italiens, espagnols, anglais et des avocats issus de toute l’union européenne mais je voudrais qu’elle aille bien au-delà.

Je souhaiterais qu’elle rassemble aussi nos confrères de l’axe méditerranéen, algérien, tunisien, marocain, turc car nous avons, ne nous y trompons pas, et cher Christian CHARRIERE-BOURNAZEL, vous nous l’avez suffisamment rappelé et vous aviez raison : nous avons un devoir, celui d’être entendus et celui d’assistance auprès de ses confrères.

Les statuts de cette Confédération des Avocats Européens, dont la CNA sera membre fondateur ou même davantage puisqu’elle en sera à l’initiative, seront préparés et présentés lors de notre prochain congrès.

Le Congrès

Mes amis, j’ai voulu que ce congrès se tienne dans un endroit à la fois beau, endroit que j’aime profondément, mais qui soit symbolique lorsqu’on parle de la liberté de l’Avocat.

Ce prochain congrès se tiendra les 20 et 21 juin 2014.

Il aura lieu à AJACCIO et il sera dédié à notre confrère, le Bâtonnier SOLLACARO.

Lorsque l’on assassine un avocat, c’est toute la profession qui est blessée.

C’est ce que j’avais dit au moment de son assassinat et je le redis aujourd’hui.

Et faire naître la Confédération des Avocats Européens à AJACCIO a un sens, un sens fort qui dépasse largement le sens de notre syndicat.

Vous voyez, mes amis, nous avons devant nous des projets.

C’est bien de pouvoir dire que la CNA est le premier des syndicats d’avocats.

C’est bien de dire que la CNA a été l’origine de nos caisses de retraite, de nos caisses de protection, de l’école de formation de nos collaborateurs et je veux saluer évidemment l’ENADEP à laquelle je suis très attaché.

C’est bien de le rappeler à temps et à contre temps mais si cela n’est que pour regarder le rétroviseur, cela voudrait dire que nous n’avons plus de projets.

Penser le partenariat avec les entreprises sous une forme qui est à mettre en œuvre, créer la confédération des avocats européens.

Voilà des projets.

Voilà des projets qui donnent à la CNA encore une longueur d’avance, qui lui donnent des perspectives et qui lui donnent de l’ambition.

Et pour tout vous dire, mes amis, que la CNA soit le premier des syndicats d’avocats par son âge, c’est bien.

Je veux aujourd’hui, avec vous, faire que la CNA devienne premier des syndicats d’avocats par le nombre de ses propositions, le premier des syndicats d’avocats par le nombre de ses adhérents, le premier des syndicats d’avocats par le nombre de suffrages qu’elle rassemblera lors des prochaines échéances.

Voilà, notre objectif.

Voilà, l’objet de notre travail.

Voilà les raisons pour lesquelles le comité directeur se réunira une fois par mois et le bureau une fois par semaine.

Voilà pourquoi, je vous demanderai partout en France, dans tous vos barreaux, d’agir et d’agir encore et de faire la promotion de nos actions.

Oui les avocats ont une mission particulière dans notre société.

Oui, les syndicats d’avocats sont essentiels, ils ne sont pas que des cailloux dans les chaussures ; ils sont aussi des forces de propositions.

Oui la CNA a toute sa place, place qu’elle entend bien prendre et reprendre et pour cela, nous avons besoin de chacune et de chacun d’entre vous.

Car l’engagement syndical est un engagement collectif mais aussi un engagement personnel.

Il nécessite le travail de tous mais aussi le travail de chacun.

A ce prix, mes amis, nous gagnerons.

Nous gagnerons une nouvelle reconnaissance, de nouvelles perspectives, de nouveaux adhérents, de nombreuses voix.

Nous serons une CNA active, prospective et ambitieuse.

Nous serons en fait la CNA telle qu’elle a toujours été et telle que nous l’aimons.

Vive les avocats et vive la CNA !